En 1973, Jean Raspail, l’un des derniers grands écrivains français, publiait un livre intitulé « le Camp des Saints ». Dans ce livre, publié deux ans avant l’arrivée des premiers boat people, une flottille amenait en France un million d’immigrés, dont l’arrivée provoquait l’effondrement des structures sociales et politiques, et la mort de l’Europe.

Le livre, dont je recommande la lecture, et ce que l’on soit favorable ou pas à l’immigration, ne serait-ce que pour son style,  a souvent été qualifié de prophétique et, comme toutes les prophéties, est censé condenser en un récit de quelques jours des événements s’étalant dans leur réalisation sur plusieurs années : nombre de commentateurs ont vu, dans l’importante immigration extra-européenne sur le Vieux continent depuis quarante ans, la réalisation progressive  de cette prophétie littéraire.

Le fait est qu'avec ce qu’il se passe depuis un an, avec l’avènement de l’Etat islamique, l’effondrement syrien et le développement du terrorisme islamique en Afrique et jusqu’en Libye, le nombre d’immigrés arrivant en masse en Europe a explosé, au point que notre système médiatique a changé sa terminologie (ce qui est toujours le signe d’un changement brutal de configuration ) pour parler désormais de « migrants », ce qui est censé être moins menaçant pour l’opinion publique, je suppose (il faut dire que par opposition à « immigrant », qui évoque l’individu qui s’installe, « migrant » suggère qu’il ne fait que passer, et ne devrait donc pas inquiéter plus qu’un touriste).

 Pour se faire une idée avec quelques chiffres, nous en arrivons à un point où, cette année, c'est semble-t-il l'équivalent d'1% de la population européenne qui demande asile : 800 000 en Allemagne, pays de 80 millions d'habitants ; 100 000 en Hongrie, pays de 10 millions d'habitants. En France, le chiffre sera sans doute du même ordre.

Ce problème de l’immigration de masse est évidemment lié au (mais non confondu avec) problème de l’islam en Europe, puisque l’écrasante majorité de ces immigrés vient de pays à majorité musulmane (Syrie, Irak, Afghanistan, Erythrée), à quoi il faut ajouter que les chrétiens présents à bord des bateaux sont parfois jetés par-dessus bord.

Rappelons qu'en France, la population musulmane est en proportion pratiquement le double, en moyenne, de celle de ses voisins : 8,5% de la population, contre 4,5 pour l'Allemagne, l'Autriche, la Grande Bretagne, la Hollande, 2,5% en Italie et en Espagne, 6% en Belgique et en Suisse.  Ce qui fait de notre pays le candidat "idéal" pour un départ de feu, même si certaines régions d'Allemagne ne sont pas en reste, où l’on trouve aussi des incidents racistes.En effet, l'on constate souvent dans l'histoire que les mouvements d'humeur populaires ou les basculements politiques sont largement des questions de masse critique.

Par ailleurs, rien n’indique que ce mouvement migratoire va ralentir, bien au contraire. Il est la conséquence des bouleversements géopolitiques en cours depuis le « Printemps Arabe », lequel était une conséquence (prévisible, pour certains esprits aiguisés  ) de la crise de 2008. Sachant que, sinon en cette fin d’année, du moins courant 2016, nous allons assister à un nouvel effondrement économique, la situation dans ces pays de la périphérie de l’économie-monde va empirer et accentuer les flux.  On imagine la pression à laquelle seront exposées les institutions politiques et sociales de pays européens qui, globalement, pourraient voir se presser en Europe, en une décennie, l’équivalent d’un dixième de la population européenne ; mais séparé par une appartenance ethnique, culturelle, religieuse différente. L’on voit mal comment l’arrivée, en un laps de temps quatre ou cinq fois moindre, d’une population immigrée aussi importante que celle qui s’est installée en Europe durant les cinquante dernières années, et cela non sans certaines difficultés, pourrait mécaniquement se dérouler sans heurts graves, alors que la croissance européenne, et spécifiquement française, n’est plus ce qu’elle a pu être durant ces décennies passées. 

D’ores et déjà se multiplient les exemples de tensions que ces flux massifs peuvent faire apparaître. On a vu en France des associations se plaindre du comportement de certains migrants.

En Allemagne, un lycée de Bavière a émis une circulaire mettant en garde les parents quant à la tenue de leurs jeunes filles, qui pourrait donner lieu à des « malentendus » (comprenez : des viols) avec les immigrants syriens musulmans.

Les récits de ces incidents se multiplient et, surtout, tournent en boucle sur les réseaux sociaux.

Le fait est qu’il m’est apparu, en suggestion Facebook, le lien sponsorisé vers le site d’un « mouvement pour la remigration »  . J’avais déjà entendu cette expression de « remigration », notamment dans la bouche d’Eric Zemmour (ce qui n'est pas un bon signe, de mon point de vue). Mais il semble qu’à la « faveur » de l’actualité, cette idée fasse son chemin et que l’on voit apparaître des sites et des pages la présentant de manière presque léchée, avec de belles images et des infographies, comme si tout ceci pouvait se produire hors d’un contexte de guerre civile que, hélas, on voit venir de plus en plus gros.

En effet, il ne faudrait pas oublier que l’Europe, et notamment la France, a une longue tradition de « sursaut identitaire » virant à l’épuration ethnique et/ou religieuse. L’on doit se souvenir notamment que lors de la Saint Barthélémy, les protestants ne furent pas les seuls ciblés. Ce fut aussi le cas des Italiens, qui vivaient dans les faubourgs des villes de France et étaient l’objet d’un vif mépris. L’auteur du XVIe siècle, le juriste Pierre Rebuffe, dont j’ai étudié l’œuvre pour ma thèse , considérait ainsi très mal ces Italiens qui transportaient dans les saines villes de Frances leurs mœurs « efféminées ». Parfois, l’épuration n’était pas populaire, mais d’Etat : ce que furent notamment les dragonnades de Louis XIV.

Aussi, je ne crois pas que la conclusion qui ressort du Camp des Saints de Raspail, voulant que les peuples d’Europe, et spécialement de France, se déliteront par gentillesse et mollesse prendra corps effectivement. Mais le scénario qui se profile n’est pas moins sombre : il est celui du rejet violent, sous diverses formes possible, de la migration extra-européenne en général et musulmane en particulier, et cela dans un contexte général de crise économique et d’éclatement de l’Union européenne  que je redoute d’autant plus que je suis convaincu qu’ils arriveront.

Pour la réalisation de ces événements, je vois deux hypothèses : soit l’épuration ethnique mécanique adviendra par un mouvement populaire qui prendra nécessairement des accents révolutionnaires, soit du fait de l’Etat lui-même. Dans ce deuxième cas, on peut imaginer deux scénarii dont un seul est vraiment probable. Le premier, improbable, serait celui d’un gouvernement de gauche, c’est-à-dire avant 2017 ou après dans le cas d’une réélection, de François Hollande, par exemple, laquelle apparaît comme improbable au vu des sondages.   Dans ce cas, le gouvernement opèrerait une opération limitée, préférant précéder un mouvement d’humeur populaire afin de prévenir un soulèvement. Cette hypothèse me paraît improbable parce que l’on sait qu’au contraire, la conservation du vote musulman est une nécessité pour la gauche française, de l’aveu même de ses think tanks   . De ce point de vue, il est même très vraisemblable que la gauche française voit comme une belle opportunité l’afflux de migrants : il y a deux ans, Manuel Valls a choisi de revenir à au moins 100 000 naturalisations par an. Cela permet, sur quatre ans de gouvernement socialiste, d’obtenir 400 000 électeurs potentiels supplémentaires (puisque selon Terra Nova la « France de la diversité » vote à 80 ou 90% à gauche) et donc d’obtenir une chance, mécaniquement, de conserver le pouvoir en dépit d’un bilan désastreux. C’est le grand calcul socialiste, que j’ai déjà décrit, qui consiste à faire monter le Front National en lui abandonnant complètement l’électorat ouvrier et en radicalisant la droite traditionnelle en agitant Christiane Taubira, et à prendre en otage l’électorat musulman et en créant un électorat immigré. L’on voit mal François Hollande et le Parti Socialiste changer soudain de stratégie.

Attention ! Ne croyons pas un seul instant que, dans ce cas, les choses pourraient continuer comme cela : à la faveur des difficultés économiques et de probables attentats, l’épuration ethnique serait simplement le fait du peuple, et conduirait vraisemblablement à un renversement révolutionnaire du gouvernement socialiste en question.

Beaucoup plus probable serait le scénario d’une intervention de l’Etat dans le cas d’un gouvernement de droite. Dans le cas d’un gouvernement « Les Républicains », les mesures seraient prises, là encore, avec l’objectif de remédier à un déséquilibre menaçant la stabilité du pays, de prévenir des soulèvements populaires potentiellement incontrôlables par des mesures exceptionnelles et sévères mais ciblées et limitées.

Et dans le cas d’une élection de Marine Le Pen et de l’arrivée au pouvoir du Front National, le rejet brutal de l’immigration est pratiquement programmatique, et les moyens de l’Etat seraient donc vraisemblablement mis au service du nettoyage ethnique ; cependant, contrairement à la configuration « droite modérée », la population procèdera sans doute spontanément en de nombreux endroits, décomplexée par le changement d’attitude du pouvoir.

Ne nous faisons pas d’illusion : nos contemporains paraissent calmes, civilisés, parfois même amollis et incapables de réagir. C’est une façade. Il ne faut jamais oublier que les années hautement raffinées, apaisées et civilisées de la fin de l’Ancien Régime ont précédé de peu les horreurs de la Terreur.

Tout ceci promet des heures bien sombres. D'autant plus que, face à cette perspective, on se sent terriblement impuissant.