Même si j'ai créé avec un ami une page Facebook intitulée "La guerre de Poutine" pour permettre à tous ceux que cela intéresse de prendre connaissance, au fil de l'eau, de toutes les nouvelles s'inscrivant dans la trajectoire belliqueuse de la Russie de Poutine, il me paraît utile, de temps en temps, de produire un petit billet de synthèse faisant le lien entre les différents éléments relevés durant quelques jours, et les mettant en perspective avec tout ce que j'ai déjà pu dire de la situation et sa vraisemblable évolution.

On notera donc, pour commencer, que l'Irak a accusé la Turquie de s'être livrée à une frappe aérienne sur son territoire. Ce dont Sputnik relaie la nouvelle en se pourléchant à l'idée d'une possible guerre entre la Turquie, nouvel ennemi désigné, et l'Irak.

De son côté, Erdogan a riposté verbalement contre la Russie en mettant en cause ses manoeuvres pour accroître les tensions au Moyen Orient :

"Le chef d'Etat turc a critiqué la Russie qui a porté l'affaire de Mossoul à l'ordre du jour du Conseil de sécurité où elle n'a pas trouvé ce qu'elle cherchait.

« En quoi la Russie saisit le Conseil de sécurité, c'est une toute autre question. D'abord la Fédération de Russie n'est pas partie prenante dans l'affaire » a-t-il déclaré et critiqué la présence russe en Irak et en Syrie.

« La Russie a-t-elle une frontière avec ces pays? Elle avait autrefois constitué une base à Tartous et maintenant cela ne lui suffit pas et elle s'installe au nord de Lattaquié avec ses avions et roquettes. Elle doit d'abord expliquer cela au monde » a continué le président turc."

Il faut dire que, la veille, Medvedev, premier ministre de Poutine, avait encore jeté de l'huile sur le feu et joué avec l'idée d'une possible guerre en affirmant que le fait d'avoir abattu un avion russe était un "casus belli" de la part de la Turquie.

Il faut être bien naïf pour croire qu'aucune volonté belliqueuse russe ne se cache derrière le déferlement ayant suivi l'affaire de l'avion abattu. Jusque-là, les rapports entre Turquie et Russie étaient cordiaux. S'ils avaient voulu calmer le jeu, les deux partis l'auraient pu, spécifiquement le russe en abordant l'affaire comme le sont les "tirs amis". L'excuse d'Eordogan, de bonne ou de mauvaise foi, du "on ignorait que c'était un avion russe", permettait de sauver la face. Mais non, la tension monte, ce qui doit être vu comme le produit d'une volonté de Poutine d'en découdre dans cette zone, et d'y porter un nouveau coup.

Les choses se focalisent en ce moment autour de l'Irak, semble-t-il. Après l'affaire des troupes turques présentes au Kurdistan évoquée ci-dessus, a couru le bruit d'une volonté américaine, évoquée par John McCain, de faire entrer en Irak une coalition de 100 000 hommes composée à 90% d'arabes, notamment venant d'Arabie Saoudite, afin d'affronter Daech. Mais cela ne semble point du goût du gouvernement irakien, chiite rappelons-le, qui envisage de ne pas renouveler l'accord de sécurité liant le pays aux Etats-Unis, reprochant à ces derniers une gestion insuffisante du conflit. Si l'on met cela en lien avec le fait que l'Irak a menacé, dans l'affaire des troupes turques, d'en appeler à l'intervention militaire de la Russie, alors on voit se dessiner le possible résultat des manoeuvres russes en Irak, notamment via son allié iranien.

 

Pour terminer ce point sur la situation, je ne peux m'empêcher de montrer encore une fois les mensonges russes : alors que le ministre des affaires étrangères russes Serguei Lavrov nous expliquait en octobre 2015 que l'Armée Syrienne Libre n'existait pas, affirmation fondamentale pour pouvoir ensuite dénoncer les Etats-Unis comme soutiens du terrorisme djihadiste puisque, si l'ASL, opposition modérée, n'existait pas, alors les USA et les Européens n'avaient forcément financé que des islamistes. Lavrov parlait alors de "structure fantôme", et sur les réseaux sociaux les poutinistes ne cessaient de m'expliquer que l'opposition modérée n'existait pas, que c'était simplement Assad contre les terroristes et que par conséquent on ne pouvait reprocher à Poutine de bombarder tout sauf Daech, puisque de toute façon c'étaient des terroristes...

Sauf qu'à présent, Vladimir Poutine déclare que 5000 combattants de l'ASL ont collaboré avec la Russie dans la lutte contre l'Etat islamique. Ce qui prouve bien qu'il y avait bien une opposition modérée, et que les Occidentaux n'ont pas financé et armé les premiers djihadistes venus, et que les Russes de Poutine ne reculent décidément devant aucun mensonge. 

Terminons, cerise sur le gâteau, avec cette charmante remarque de Vladimir Poutine qui "espère qu'aucune bombe nucléaire ne sera nécessaire pour lutter contre Daech."

De l'art de menacer sans en avoir l'air... mais la menace, on s'en doute, ne vise pas Daech, mais plutôt la Turquie, membre de l'OTAN puissamment armé, que Poutine ne cesse d'accuser d'être le complice de l'Etat islamique.