On constate depuis quelques années une inquiétante poutinisation des esprits, parmi les élites occidentales.

J'appelle poutinisation des esprits cette posture, qui est celle du pouvoir russe depuis des années, et un héritage soviétique, consistant à croire que toute agitation populaire contre le Pouvoir est le produit d'une action malveillante de l'étranger.
Ainsi, durant la dernière décennies, le Kremlin a-t-il toujours répété que les révolutions de couleur étaient causées par les agences américaines et occidentales, pour déstabiliser la Russie - jamais il n'était considéré l'hypothèse bien plus juste que l'action occidentale, marginale, n'était pas déterminante, et que ces mouvements de masse étaient la conséquence logique d'un ras-le-bol des populations face à des gouvernements pro-Kremlin épouvantablement corrompus.
A l'époque, les élites européennes dénonçaient, à raison, ce complotisme du Kremlin.

Mais depuis quelques années, en particulier le Brexit et l'élection de Trump, les élites occidentales font du Poutine : elles attribuent à la malveillance étrangère - celle de Poutine, ironiquement - les victoires électorales populistes qui sont en réalité le résultat d'un profond ras-le-bol des populations face à la gestion absurde d'élites déconnectées du peuple.

Et quand on commence penser comme Poutine, on se met à faire du Poutine : on décide notamment de mettre en place des lois de contrôle des médias.